Lancée sur son projet d'un nouvel d'orgue, l'association travailla sur l'esthétique de l'instrument.

En étudiant le patrimoine organistique existant de la région autour de Chaumes en Brie, une évidence apparut: un orgue dans le style français pour jouer la musique des Couperin était à exclure. Bien que cette idée fut séduisante, il fallait se rendre à l'évidence que la région était déjà le berceau de beaucoup d'instruments de ce style et d'époque dans les villes voisines: Rozay en Brie, Fontainebleau, Provins, Bassevelle ou encore Brie Comte Robert.

Afin de devenir complémentaire à ce patrimoine existant, il fut décider d'orienter l'esthétique du nouvel orgue de Chaumes vers une esthétique allemande. Ainsi, les grandes fresques des grands maîtres allemands et nordiques trouveraient dans notre département un instrument capable de les restituer de façon plus fidèle.

 

En juillet 2008, l'organiste Philippe Lecossay de Rozay en Brie nous contacta pour nous faire part d'un orgue allemand de 28 jeux à vendre.

Cet orgue, installé à Gladbeck proche de Essen en Allemagne, fabriqué par le facteur Franz Breil en 1965, était à vendre car il devait être remplacé par un orgue (du même facteur) beaucoup plus important et mieux adapté à la taille de l'édifice.

Sur les recommandations de notre association, l'équipe municipale et son maire de l'époque votait à l'unanimité l'achat de ce grand orgue pour la somme incroyable de 30 000 euros en Septembre 2008. Cet achat se fit de façon extrêmement rapide, car l'orgue devait être démonté en Septembre 2008. Cet ainsi que la base du matériel de l'instrument qui est en cours d'installation cette année, arriva en Octobre 2008.

 

Démarra à cette époque l'étude complète du matériel arrivé (à nouveau avec Monsieur Rousseau), l'étude de la réimplantation dans notre église et de son financement.

Cette analyse technique nous conduisit vers un projet d'un instrument ayant  structure et buffet, mécaniques de claviers et registres et alimentation en vent neuves. Malheureusement pour notre projet, la crise économique de 2008 balaya certains espoirs de mécénats, et le financement de l'instrument fut difficile à mettre en place.

 

En 2011, l'équipe municipale et son maire totalement enthousiastes à l'idée de mettre en place le projet culturel de l'association autour de l'orgue (concerts, festival, enseignement de la musique...) lancent l'appel d'offre (MAPA) pour trouver le facteur d'orgue qui réalisera la reconstruction de l'instrument. L'assistance technique est confiée à Monsieur Rousseau.

Compte tenu du dossier technique et économique présenté par le facteur d'orgues Thierry Lemercier basé à Téloché dans la Sarthe, le marché lui est confié pour un montant de 167 168 euros,  avec une réception demandée en juin 2013 (voir les détails de l'orgue en remontant dans le menu "l'orgue et l'église").

 

La ville allait pouvoir enfin avoir un instrument digne de ses prestigieux ancêtres !

 

En Janvier 2013, tout bascule ! La DRAC, avec l'architecte des bâtiments de France et le conservateur du patrimoine stoppent le projet, avec interdiction de poser l'orgue sur la tribune. Des désordres sur le mur de façade Ouest et dans les murs de la nef et du  bas côté de l'église doivent être réparés avant de pouvoir poser l'instrument sur sa tribune (murs autour de la tribune de l'orgue) et une discussion autour de la rambarde de la tribune est ouverte.

Alors que l'instrument était quasiment terminé dans sa phase d'atelier, la mairie se voit contrainte de demander au facteur d'orgue de stocker l'orgue monté dans son atelier, meilleur moyen pour que le matériel de ne s'abime pas dans le temps.

 

C'est à ce stade, en 2014, que la nouvelle équipe municipale et son maire trouvent le dossier. Des réunions sont immédiatment organisées afin de faire un point complet sur ce qui doit être entrepris. Un cabinet d'architecte est mandaté pour faire l'étude technique et définir les travaux à réaliser en lien avec la DRAC. Les résultats seront les suivants:

  => Réfection des évacuations pluviales afin de stopper les infiltrations d'eau dans le sous-sol de l'église (qui sont à l'origine des désordres)

  => Consolidation du mur de façade Ouest vers la nef et le bas côté par un grand nombre de tirants, dont 1 reprenant les travées de la nef

  => Validation de la structure de la tribune actuelle qui peut supporter très largement le poids du nouvel orgue

 

On peut se rendre compte à ce stade, que les travaux nécessaires à l'édifice n'ont aucun lien avec l'orgue. La municipalité doit faire face au financement de travaux importants sur l'église qui sont liés à sa dégradation dans le temps, et probablement  aussi à un manque d'entretien depuis de nombreuses décennies.

Nouvel orgue ou pas, ces travaux ont besoin d'être réalisés, il en va de la sécurité du bâtiment. Bien sur, le fait que le nouvel orgue ne puisse trouver sa place sur sa tribune, accélère la mise en place de ce chantier.

Compte tenu de l'incapacité de la mairie de financer actuellement ces travaux de consolidation, sur les conseils de notre association et en accord avec le clergé, nous avons proposé au maire d'installer l'orgue au sol dans le transept sud. Cette solution provisoire a été acceptée par le maire et par la DRAC. Cela permettra aux Calmétiens de profiter quand même de leur instrument.

 

La seconde partie du rapport de l'architecte porte plus à interrogations, car il demande un agrandissement de la tribune qui n'est absolument pas nécessaire: l'orgue est prévu pour être posé sur la tribune actuelle. De plus, il est question de mettre la rambarde sur un système pivotant ? Comme l'avait demandé le conservateur du patrimoine lors de notre dernière réunion dans l'église, nous espérons que le dialogue va se rouvrir pour finaliser le projet: l'orgue peut être posé sur la tribune sans son agrandissement, il a été conçu pour cela, et que cette rambarde qui n'est pas classée d'ailleurs (la tribune ne l'est pas non plus), qui est en bois latté et moulurée avec des pièces industrielles ne posera plus de problème.

 

 

 

Source: rapport d'analyse de 2005 de M. Rousseau

 

L'histoire de Chaumes en Brie, des Couperin à nos jours:

une histoire d'orgues et d'organistes musiciens!

1°: Positif 48 notes (C,D-C)

Bourdon 8

Prestant

Doublette

Quinte

Grosse Tierce

Larigot

Fourniture IV rangs

Cymbale III rangs

Cromorne 8

 

3°: Cornet 37 notes (C,D-C)

Bourdon

Prestant

Nazard

Doublette

Tierce

Cymbale II rangs

Cromorne

2°: Grand Orgue48 notes (C,D-C)

Montre 8

Bourdon

Prestant 4

Cornet V rangs

Trompette 8

Clairon 4

Voix humaine 8

 

Accouplemnt 1/2

Pédale en tirasse 2 octaves

Bien que les Couperin soient tous organistes à des postes importants, la famille s'identifiant à la tribune de Saint Gervais à Paris durant  2 siècles, nous ne les retrouvons pas dans des relations privilégiées avec les grands facteurs d'orgues.

 

Ensuite, l'abbaye est détruite en 1747, et plus aucune information sur ce qui est advenu de l'instrument.

L'abbaye a servi de carrière de pierres, mais l'église paroissiale du berceau des Couperin que nous connaissons aujourd'hui traverse la révolution: consolidation, badigeonnage, des éléments du mobilier de l'ancienne abbaye sont récupérés avec notamment le tableau du Christ en Croix de Philippe de Champaigne. Le XIX° siècle avec son lot de transformations et rénovations aura également son apport.

 

On retrouve dans les registres de Fabrique les éléments suivants:

 

En 1824, on fixe le traitement annuel de l'organiste (est-ce que cela expliquerait l'acquisition d'un orgue , ou une remise en état ?)

En 1839, l'orgue "dans l'église depuis fort longtemps" est injouable de puis plusieurs mois. Une remise en état est décidée dont nous n'avons aucun détail.

En 1842, projet de rachat "pour remplacer l'ancien qui est hors d'état de servir".

En 1848, on reconstruit la tribune: "les deux colonnes sont neuves, le corps de la tribune est ancien"

En 1854, contradiction avec ce qui précède, puisqu'on parle de l'achat d'un harmonium en remplacement de l'orgue précédent ?

L'orgue Alizant Clergeau, de 1863 à 2008

 

Au XIXème siècle était donc installé sur la tribune de l'église Saint Pierre Saint Paul de Chaumes un petit orgue.

Il ne restait aucun matériel du temps des Couperin.

L'orgue avait été acheté par la paroisse en 1863, au facteur d'orgue Alizant Clergeau. Ce facteur construisait de petits orgues en série. La façade qui était encore visible en 2012 était typique de ses réalisations. A son installation, l'orgue ne comprenait que 7 jeux répartis sur un clavier. Au début du XXème siècle, en 1924, la tribune fut agrandie, et l'orgue transformé et agrandi en 1925 par le facteur Béasse. La transformation était importante, avec l'ajout d'un second clavier,  d'une soubasse de 16 pieds à la pédale avec transmission pneumatique et un total de 12 jeux. Malheureusement le chantier ne fut pas terminé, et c'est en 1929 que  le facteur Louis Eugène Rochesson termina l'instrument. En 1961, à l'occasion du tricentenaire de la mort de Louis Couperin, l'orgue fut restauré et néo-baroquisé par le facteur Erwin Muller.

Sa composition qui était encore en place lors de son démontage était la suivante:

1er clavier:

Montre 8

Flûte 8

Prestant 4

Doublette 2

Fourniture

Cromorne 8

 

 

Les musiciens et orgues du temps des Couperin, jusqu'au XIX° siècle

 

Chaumes en Brie fut le berceau non pas d'un musicien, mais d'une famille entière de musiciens.

Peu de cités peuvent s'enorguellir d'un tel passé, et la commune peut se parer du nom de "cité des Couperin".

Il est intéressant également de rappeler que les Couperin n'ont pas été les seuls musiciens célèbres de la ville et de citer: Champion de Chambonnières qui est à l'origine de l'école des clavecinistes français et maître des frères Couperin, mais aussi de Nivers, Danglebert et Lebègue; les Forqueray, Michel né et mort à Chaumes en Brie et organiste de Saint Séverin de Paris durant la première moitié du XVIIème siècle, Nicolas son neveu organiste de Saint Merri à Paris, et Etienne Luce organiste de l'abbaye de Chaumes en Brie.

Chaumes en Brie possède une vraie part d'histoire de la musique en France du XVII° et XVIII° siècles.

 

L'histoire connue de l'orgue à Chaumes en Brie commence à l'abbaye Saint Pierre (détruite au XVIII° s), avec un orgue acheté d'occasion vers 1625 à Mormant, pour remplacer un instrument antérieur vendu à Egreville. Mais y a t-il un orgue dans l'église paroissiale actuelle, rien n'est moins sur. Nous retrouvons dans les différentes études qui ont été réalisées, la présence du facteur Henri Lesclop à l'abbaye en 1682-1683. Ce facteur d'orgues parisien était connu pour collaborer avec son confrère François Thierry, avec qui il travaille en 1725 pour la reconstruction de l'orgue de Notre Dame de Paris.

Les archives départementales fournissent 7 pièces (publiées par Norbert Dufourcq),  qui donnent une vision précise de ce qui s'est passé à cette époque. Il y avait un petit orgue dans le petit jubé. Initialement prévu pour être remplacé, il fera partie intégrante du marché qui est suivi par Guillaume Gabriel Nivers, élève de Champion de Chambonnières. Ce marché évoluera 3 fois, pour aboutir le 10 juin 1684 à un instrument à 3 claviers et pédale en tirasse. A Noël 1684, l'orgue se présente dans un buffet en un seul corps, Positif et Grand orgue par gravures alternées:

2ème clavier:

Bourdon 8

Flûte 4

Flûte 2

Nazard 2 2/3

Tierce 1 3/5

Pédalier:

Soubasse 16

 

 

 

Accouplement 2/1

Tirasse 1

Tirasse 2

 

C'est l'instrument que nous avions trouvé en 2004, fatigué et délabré par le manque d'entretien, mais aussi de l'agrandissement réalisé péniblement faute de moyens financiers à l'époque des travaux de Béasse.

Après l'expertise de Monsieur Rousseau en 2005 sur tout le matériel durant 15 jours, et l'analyse de son rapport de plus de 80 pages, il fallait se rendre à l'évidence: une restauration était à écarter, le matériel abimé et transformé ne pouvait justifier d'un tel investissement.

En assemblée générale extraordinaire, il était décidé de remplacer l'instrument par un nouvel orgue.

L'orgue Breil / Lemercier, de 2008 à nos jours, et les péripéties autour de  son installation